Il faudrait faire des conceptions comportementales un pilier de la stratégie de santé numérique, selon un responsable chez Roche

17 février 2020

Les concepteurs d'outils numériques de santé visant à améliorer l'observance des médicaments doivent placer la science comportementale au cœur de leur stratégie s'ils veulent conserver l'engagement et la motivation des patients, explique Paul Upham, Responsable Smart Devices chez Roche/Genentech.

Lors de l’édition 2020 de Pharmapack à Paris, Upham a parlé aux participants de l’attention croissante portée par les entreprises pharmaceutiques sur les conceptions comportementales et l’application de sciences du comportement, notamment dans l’expérience utilisateur des solutions digitales visant à motiver et à impliquer les patients.

Sa définition des conceptions comportementales consiste à prendre l'économie comportementale des neurosciences cognitives et des expériences éprouvées, puis à les marier à une approche conceptuelle "pour vraiment comprendre ce qui est susceptible de surmonter certains des biais cognitifs qu’ont tous les patients et tous les êtres humains de manière générale".

“Pour tenter d’améliorer l’observance thérapeutique, beaucoup d’applis pharmaceutiques ont pour priorité l’enregistrement de tout ce que fait le patient et nécessitent de fréquentes connexions de sa part”, a-t-il expliqué. “Un historique précis de l’observance thérapeutique est intéressant pour les cliniciens et les porteurs de risques, mais il est pénible pour les patients car il ne leur offre quasiment aucun avantage, alors que ce sont eux qui sont sollicités”.

Il a ajouté que les patients atteints de maladies chroniques qui gèrent eux-mêmes leur pathologie et s'administrent leurs traitements se retrouvent "débordés et découragés lorsqu'on leur confie ces applis nécessitant beaucoup d'enregistrement et de suivi".  En effet, cette approche "n’est pas adaptée au mode de fonctionnement de notre cerveau et n’est pas idéale pour booster la motivation et l'engagement".

D’après lui, le secteur de la tech a très bien réussi à mettre en pratique les conceptions comportementales, plaçant des spécialistes du comportement à la tête de départements chargés d'appliquer les principes des neurosciences cognitives à la conception d'interfaces utilisateurs, afin de maintenir les utilisateurs accros à leurs plateformes.

Nous réfléchissons très attentivement à la manière d’employer ces mêmes principes et à ce que nous comprenons du fonctionnement du cerveau, non pas dans le but de rendre les patients dépendants à nos applis pharmaceutiques, mais pour leur apporter un réel soutien et perfectionner l’autosurveillance, ce qui, espérons-le, devrait conduire à de meilleurs résultats,” a dit Upham.

Au cours des deux dernières années, deux études de référence publiées dans la littérature examinée par des pairs ont démystifié une partie du battage
médiatique sur les dispositifs de santé connectés.

Un essai clinique HeartStrong avec 1500 patients, décrit par Upham comme l’une des plus importantes études prenant en considération toute une gamme d’outils numériques, ainsi qu’un essai clinique REMIND avec 53 000 patients utilisateurs de solutions numériques, n’ont pas montré d’amélioration concernant l’observance du traitement.

Upham signale qu'on ne peut placer un appareil connecté au centre de sa stratégie numérique : "Un appareil connecté n’est une petite composante au sein d'une stratégie numérique plus large, qu'une équipe pourrait mener jusqu’à son essai clinique ou à sa mise sur le marché".

Enfin, il a précisé que Roche/Genentech dispose de critères pour la collaboration entre ses équipes spécialisées dans les domaines thérapeutiques et celles en charge du branding, afin de mieux comprendre leur stratégie et l'écosystème numérique dans lequel leurs appareils connectés s’inscrivent.